Projet ROPPA- CCAFS

CONTEXTE ET JUSTIFICATIONS
Créé en l’an 2000 pour défendre les intérêts des exploitations familiales, le ROPPA n’a eu de cesse de promouvoir la vision paysanne du développement agricole en Afrique de l’Ouest. Celle-ci repose sur le ferme conviction que l’Agriculture ouest africaine doit être (i) Une agriculture moderne et durable, à même d’assumer des fonctions économique, sociale et écologique de création de richesse ; de préservation de la solidarité familiale et nationale ; et de gestion équitable et durable des ressources naturelles ; (ii)Une agriculture capable d’assurer des revenus suffisants et stables et un niveau de vie décent pour les productrices et les producteurs agricoles ; de dégager des surplus pour l’exportation et de contribuer de manière significative à la création de la richesse nationale ; de fournir une alimentation saine à la population nationale et sous régionale ; (iii) Une agriculture qui restitue sa dignité au producteur et citoyen africain et vise la promotion d’un développement durable plus respectueux des valeurs et de la culture africaine.
La conviction du ROPPA a toujours été que l’objectif d’une telle agriculture prospère en Afrique de l’ouest ne peut être atteint sans des politiques agricoles profondément orientées vers la recherche de la souveraineté alimentaire. Celle-ci implique un accroissement significatif des productions agricoles vivrières, le développement d’une industrie de la transformation pour la satisfaction de la demande locale, le développement des échanges commerciaux intra-régionaux et la protection aux frontières régionales du marché agricole et des agriculteurs. C’est dans cette perspective que le ROPPA s’est battu et obtenu auprès des OIER (UEMOA et CEDEAO) que les politiques Agricoles régionales (PAU et ECOWAP) reconnaissent fondamentalement les exploitations familiales comme base de développement de l’agriculture. Mais tous les observateurs s’accordent pour dire qu’un des défis majeur auquel l’agriculture ouest africaine doit faire face est sans conteste celui des changements climatiques qui accentuent la vulnérabilité des communautés rurales à l’insécurité alimentaire, la faim et la pauvreté.
La souveraineté alimentaire menacée par les changements climatiques
Les changements climatiques qui sont à distinguer des variations naturelles du climat constituent une des menaces les plus graves qui pèse sur le développement durable des pays africains notamment ceux d’Afrique de l’Ouest. Cela vient compromettre l’atteinte des objectifs du millénaire pour le développement (OMD). En effet, les changements climatiques affectent la sécurité alimentaire des populations de par ses effets sur l’agriculture qui demeure la principale source d’alimentation et de revenus et qui contribue à plus de 35% du PIB des économies et emploie plus de 85% de la population en Afrique de l’Ouest. Les événements extrêmes (sécheresse et inondation) sont de plus en plus fréquents avec des conséquences néfastes sur les moyens de production et de subsistance. Les changements climatiques pourraient contribuer à réduire la productivité et la stabilité de l’agriculture ainsi que les revenus dans beaucoup de régions qui sont déjà confrontées à des niveaux élevés d’insécurité alimentaire, alors que la production agricole mondiale devra augmenter de 70% au cours des quatre prochaines décennies afin de couvrir les besoins alimentaires d’une population en expansion. Ils contribuent en outre à accentuer la dégradation des terres ainsi que des autres ressources naturelles avec des effets défavorables attendus sur entre autres : l’activité économique, la santé humaine, les ressources en eau, les infrastructures physiques, etc.
L’Afrique est considérée comme la région la plus vulnérable aux effets des changements climatiques du fait de la fragilité des économies. Dans son dernier rapport, le GIEC confirme qu’au cours du XXIème siècle, le réchauffement climatique en Afrique sera plus important qu’au niveau mondial. La hausse de la température moyenne entre 1980/99 et 2080/99 s’échelonnera entre 3 et 4°C sur l’ensemble du continent, 1,5 fois plus qu’au niveau mondial. Cette hausse sera moins forte au sein des espaces côtiers et équatoriaux (+3°C) et la plus élevée dans la partie ouest du Sahara (+4°C).
Vulnérabilité des ménages ruraux
Les changements climatiques affectent les paysans, les producteurs agricoles, et leurs sociétés ainsi que d’autres acteurs du monde rural. En effet, les sécheresses et les inondations fréquentes se traduisent par la modification des écoulements des fleuves et cours d’eau, l’extension des zones affectées par les maladies infectieuses telles que le paludisme, l’accentuation de la désertification, la précarisation des habitats en zones côtières du fait des inondations et érosions, conséquences de l’élévation du niveau de la mer.
Les conséquences évidentes vont être une réduction des superficies exploitables aux fins agricoles et pastorales, une pression accrue sur les ressources naturelles, une réduction des rendements et une offre alimentaire très fluctuante. Le risque d’insécurité alimentaire est donc réel, si des mesures idoines d’adaptation et d’atténuation ne sont pas développées et mises à disposition des producteurs et autres acteurs de développement rural.
Selon une étude menée au Sénégal, au Mali, au Burkina Faso et au Niger par le Centre Régional Agrhymet, le rendement moyen des cultures de mil et de sorgho, base de l’alimentation des populations sahéliennes, diminuerait entre 15 et 25 % d’ici 2080. À l’inverse, le rendement moyen de la culture du riz (pluvial et irrigué) augmenterait.
Les changements climatiques pourraient gravement perturber le secteur de l’élevage. , ce qui aurait des conséquences diverses selon la taille du troupeau. Certaines études tendent à montrer qu’en cas d’élévation de température, les petites exploitations s’adonnant à l’élevage de petits ruminants plus tolérants à la sécheresse (chèvres et des moutons) sont plus viables. Par ailleurs une augmentation des précipitations nuira fort probablement aux animaux de pâturage parce qu’elle se traduira par une transformation des pâturages en forêts et possiblement par une augmentation des vecteurs de maladie nuisibles et, aussi, par un déplacement des activités d’élevage vers des activités de culture.
En ce qui concerne le secteur forestier, il est attendu que les variations de température et de la pluviométrie affectent directement (positivement ou négativement) la production et les usages agroforestiers et forestiers. Les impacts défavorables pourraient comprendre des changements dans les niveaux de productivité et de régénération des arbres et dans la distribution géographique des pathologies et des animaux nuisibles.
En zone côtière par exemple, on s’attend à un assèchement des mangroves, ce qui aura des répercussions sur les communautés humaines (notamment les pêcheurs et les riziculteurs) qui en dépendent Il pourrait aussi avoir une élévation du niveau de la mer avec des risques aggravées d’érosion côtière et des menaces réelles sur les plantations de palmiers à huile et de noix de coco au Bénin et en Côte d’Ivoire.
Ainsi, quel que soit le cas, les changements climatiques vont transformer les systèmes d’exploitation agricole ou pastorale ainsi que les systèmes de pêche. Cela fait que les agriculteurs, les pasteurs, et les pêcheurs, en particulier les petits exploitants, sont les plus vulnérables aux changements climatiques pour l’ensemble de l’Afrique de l’ouest. Il est aussi reconnu que les femmes seront particulièrement exposées aux conséquences des changements climatiques.
Adaptation et atténuation : des savoirs locaux à valoriser pour l’atteinte de la souveraineté alimentaire
Par le passé, les producteurs agricoles et autres utilisateurs des ressources naturelles ont développé des stratégies endogènes d’adaptation face aux variations et changements climatiques. Parmi ces stratégies d’adaptation on peut citer la sélection et la diversification des espèces et des variétés adaptées, les pratiques d’exploitation et de gestion de ressources naturelles et de l’eau mieux appropriées, la maîtrise de l’eau et l’utilisation des bas-fonds, la gestion intégrée de la fertilité des sols. A cela, il faut ajouter des mesures sociales d’adaptation telles que l’entraide et la solidarité, la diversification des activités, la migration, les croyances, les rituels etc.
Ainsi les producteurs prennent des décisions visant à minimiser les risques climatiques et à exploiter les opportunités du climat en utilisant des connaissances traditionnelles que celles dérivées de la science ; Par exemple, ils essayent de déterminer la période de semis de leurs cultures afin qu’elles coïncident avec le début de la saison des pluies. De la même manière, les gestionnaires de l’eau recherchent des informations et prennent des décisions qui visent à réduire les impacts négatifs des changements climatiques sur les rivières et les réservoirs d’eau. La gestion des risques climatiques est donc d’ores et déjà pratiquée à différents niveaux, et avec une efficacité diversifiée à travers l’Afrique subsaharienne ; mais on peut faire plus. L’Afrique ne bénéficie pas encore actuellement de tout ce que la science du climat a à offrir. Les informations sur le climat, qui entrent automatiquement dans le processus décisionnel dans les pays développés, n’arrivent pratiquement pas à atteindre les utilisateurs (décideurs, paysans, vulgarisateurs, etc.) de manière utile et utilisable, en Afrique sub-saharienne (IRI, 2006).
De même, force est de reconnaitre que les produits et services développés par la communauté scientifique sur le climat et sur la gestion des risques et des catastrophes n’ont pas été aussi utiles qu’ils auraient pu l’être. Il semble évident qu’une approche intégrée qui incorpore les connaissances scientifiques pour l’adaptation à la variabilité et au changement climatique dans des projets et plans de développement multidisciplinaires est requise. L’approche doit surtout être participative, impliquant toutes les parties prenantes à la base de manière à s’assurer que leurs besoins réels sont pris en compte. Les outils climatiques utilisés dans une telle approche permettront d’améliorer la prise de décisions des parties prenantes en fournissant de nouvelles informations pertinentes, à jour et faciles à mettre en œuvre. Une étude de cas très souvent citée comme exemple de succès est celle du projet d’assistance agro-météorologique du Mali. L’intégration de données climatiques dans les efforts de développement possède le potentiel d’induire des résultats synergiques. Par exemple, face à un climat aléatoire, les agriculteurs ont tendance à « jouer plus sécurité », en adoptant des stratégies de gestion conservatoires. Ils choisissent de ne pas investir dans les nouvelles technologies et optent pour des cultures moins risquées, mais aussi moins rentables, même lorsque les conditions climatiques sont assez bonnes.
Par conséquent, bien communiquer les informations climatiques existantes, les options technologiques d’agriculture intelligente face au climat (climate-smart agriculture), pourrait contribuer à réduire cette instabilité, et ainsi pourrait affecter directement leurs moyens de subsistance de façon durable car les agriculteurs seront plus confiants et pourront augmenter leur productivité par l’innovation tout en sauvegardant la santé environnementale des écosystèmes de production (Pramod et al., 2013).
Partenariat ROPPA-CCAFS
C’est dans une telle situation que le ROPPA a noué un partenariat depuis 2012 avec le programme du CGIAR sur le changement climatique, l’agriculture et la sécurité alimentaire (CCAFS), un programme de recherche développement qui vise à (1) développer des innovations technologiques et politiques en matière d’adaptation et d’atténuation pour les systèmes alimentaires, les capacités d’adaptation et les moyens de subsistance des ruraux ; mais aussi (2) d’établir un diagnostic et une analyse qui, du niveau sub-national au niveau global, soutiendront l’inclusion de l’agriculture dans les politiques liées au changement climatique, ainsi que celle des questions climatiques dans les politiques agricoles, de manière à générer des bénéfices au profit du monde rural. Le but du programme CCAFS est de contribuer à améliorer la résilience de millions d’agriculteurs dans le monde, en particulier les petits exploitants de l’Afrique de l’Ouest.
Ce partenariat s’est concrétisé entre autres par l’organisation en décembre 2012 des journées régionales du paysan Ouest-Africain sur le thème « Souveraineté Alimentaire dans un contexte de changements climatiques : les réponses des politiques régionales », un forum au cours duquel le programme CCAFS a partagé avec près de 250 participants, des informations sur des pratiques et options technologiques prometteuses d’agriculture intelligente face au climat. Fort de l’intérêt porté sur ces informations, le forum a entre autre recommandé que le ROPPA entreprenne une promotion à grande échelle des bonnes pratiques d’agriculture qui permettraient d’accroitre la productivité agricole, d’augmenter la résilience et d’atténuer les effets des changements climatiques, notamment au niveau des exploitations familiales ; les participants ont également insisté sur la nécessité d’entreprendre un renforcement des capacités du réseau et de ses membres à conduire au niveau national, régional et international, des plaidoyers qui soient basés sur des informations à jour en matière de stratégies et de politiques d’adaptation du secteur agricole et de la sécurité alimentaire. Il est à noter que le ROPPA a aussi contribué à des évènements organisés par le CCAFS tels que le séminaire de haut niveau organisé à Ouagadougou en octobre 2012 sur « Le changement climatique en Afrique de l’Ouest : liens recherche et politiques pour une agriculture intelligente face au climat » ; la session parallèle lors de la semaine scientifique du FARA à Accra en 2013 sur le thème « L’adaptation du secteur agricole au changement climatique en Afrique de l’Ouest et de l’Est : apport du modèle de village climate-smart ».
De même, le ROPPA et le CCAFS sont membres de l’équipe réduite de suivi pour la mise en place d’une alliance sous-régionale sur l’AIC, sous l’égide de la CEDEAO. C’est dans cette optique que dans le cadre de sa politique de souveraineté alimentaire et de promotion des exploitations familiales, le Secrétariat Exécutif du ROPPA souhaite développer une collaboration avec le programme CCAFS Afrique de l’Ouest en vue d’assurer un renforcement des capacités de ses membres pour une meilleure connaissance et utilisation des pratiques et options technologiques d’agriculture intelligente face au climat. En effet, le programme CCAFS et ses partenaires testent et développent des approches, pratiques et technologies climate-smart dans des sites pilotes au Burkina Faso, Ghana, Mali, Niger et Sénégal. Ses sites ou villages climate-smart constituent de véritables laboratoires de connaissances dont les produits pourraient faire école dans des contextes similaires en Afrique de l’Ouest. A cet effet, les universités paysannes du ROPPA pourraient constituer des lieux privilégiés de partage d’information à jour sur le concept d’AIC et les domaines d’application. A la suite des formations en la matière, des actions pilotes pourraient être conduites avec les plateformes nationales du ROPPA pour évaluer les options d’AIC dans le cadre des exploitations familiales.

II. OBJECTIFS
L’objectif général de ce partenariat est de renforcer les capacités du ROPPA et de ses plateformes sur le concept d’AIC et sur ses domaines d’application dans le contexte de la promotion d’une agriculture familiale nourricière et génératrice de revenus. Plus spécifiquement, il s’agira de :
2.1) Formation des formateurs sur l’AIC :
(a) informer et sensibiliser davantage les organisations paysannes sur les enjeux et les défis du changement climatique et ses impacts sur la vie des exploitations familiales ;
(b) échanger sur les savoirs, les expériences paysannes et les capacités d’anticipation des exploitations familiales en matière d’adaptation et de changement climatique ;
(c) partager les connaissances sur les options d’AIC prometteuses pouvant contribuer à améliorer les capacités d’adaptation des exploitations familiales ;
2.2) Implémentation d’actions pilotes d’AIC sur le terrain avec les plateformes nationales :
(a) sur la base des options d’AIC testées avec succès dans les sites pilotes du CCAFS et jugées diffusables à grande échelle, conduire des champs-écoles tests avec certaines exploitations familiales membres des plateformes nationales du ROPPA ;
(b) suivre et évaluer l’adoption/mise à l’échelle des options AIC et documenter les leçons apprises sur les conditions de succès et de mise à l’échelle ;
2.3) Partage et mainstreaming d’informations scientifiques et techniques sur l’AIC dans les plans et stratégies de développement agricole du ROPPA :
(a) communiquer aux producteurs des informations scientifiques et techniques à jour sur la promotion d’une agriculture adaptée au climat par les canaux de communication du ROPPA et de ses plateformes (ROPPA policy, ROPPA productivity, policy briefs, Notes d’information, etc.)
(b) assurer une prise en compte de la dimension changement climatique et notamment par l’intégration et la promotion de l’AIC dans les plans et stratégies de développement du ROPPA.
(c) Capitalisation de l’expérience de mise en œuvre de l’AIC

III. RESULTATS ATTENDUS
Les principaux résultats attendus sont les suivants :
1. Les OP sont formées et comprennent mieux les enjeux et défis de la souveraineté alimentaire dans le contexte de variabilité et changement climatiques
2. Les savoirs, expériences, pratiques paysannes ainsi que les capacités d’anticipation en matière d’adaptation aux changements climatiques sont capitalisés et renforcés par les connaissances scientifiques sur l’AIC et leur intégration dans la gestion du risque climatique par les exploitations familiales.
3. Les OP membres du ROPPA utilisent dans les champs écoles et dans les exploitations familiales des options d’AIC testées avec succès dans les sites pilotes du CCAFS et jugées diffusables à grande échelle.
4. Le ROPPA a fait de l’AIC le moteur d’une agriculture durable et génératrice de revenus pour la réalisation de la souveraineté alimentaire dans un contexte de changement en Afrique de l’ouest, ce qui s’est traduit par des investissements ciblés sur l’AIC.


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